Dans cet article Dans cet article
- HAS dénutrition : de quoi parle-t-on exactement ?
- Le principe central des critères HAS : un signe et une cause
- Critères de dénutrition chez l’adulte de 18 à moins de 70 ans
- Après 70 ans, un seuil d’alerte plus élevé
- Chez l’enfant, suivre la croissance plutôt qu’un seuil isolé
- Albuminémie, CRP et IMC : ce que les résultats peuvent réellement indiquer
- Dépister tôt : les repères utiles pour les proches et les aidants
- Prise en charge de la dénutrition : traiter la cause et renourrir progressivement
La HAS définit la dénutrition comme un état de déséquilibre nutritionnel, souvent lié à des apports insuffisants, une mauvaise absorption ou une maladie. Le diagnostic ne repose pas sur un seul chiffre : il nécessite l’association d’au moins un critère phénotypique, comme une perte de poids ou un IMC bas, et d’au moins un critère étiologique, comme une réduction des apports ou une inflammation. Les seuils diffèrent chez l’enfant, l’adulte et la personne de 70 ans et plus. En cas de perte de poids involontaire, de fatigue inhabituelle ou de baisse durable de l’appétit, un avis médical est nécessaire.
Selon les recommandations HAS, une dénutrition est diagnostiquée lorsqu’un critère visible ou mesurable de l’état nutritionnel est associé à une cause probable. Un IMC normal ou élevé ne permet donc pas, à lui seul, d’écarter une dénutrition.
HAS dénutrition : de quoi parle-t-on exactement ?
La dénutrition protéino-énergétique correspond à un bilan énergétique et protéique négatif. L’organisme ne reçoit plus, n’absorbe plus ou n’utilise plus assez d’énergie et de protéines par rapport à ses besoins. Il peut alors puiser dans ses réserves, avec une perte de poids, une fonte musculaire et parfois une diminution de la force ou de la mobilité.
Elle ne se confond pas avec toutes les formes de malnutrition. Une personne peut être dénutrie sans être maigre, notamment lorsqu’elle a perdu rapidement du poids alors que son IMC reste élevé. Les œdèmes ou une ascite peuvent aussi masquer une baisse réelle de la masse corporelle. C’est pourquoi l’évolution du poids, l’examen clinique et le contexte de santé sont aussi importants que la valeur affichée par la balance.
Cette situation peut favoriser la fatigue, les infections, les chutes, la perte d’autonomie et une récupération plus difficile après une maladie ou une intervention. Ces conséquences varient selon chaque personne et ne doivent pas conduire à l’autodiagnostic. Elles justifient en revanche un dépistage précoce, particulièrement chez les personnes fragiles ou isolées.
Le principe central des critères HAS : un signe et une cause
Le diagnostic de dénutrition demande la présence d’au moins un critère phénotypique et d’au moins un critère étiologique. Le premier décrit l’état nutritionnel observé. Le second explique pourquoi la dénutrition peut survenir. Cette association évite de confondre une corpulence naturellement faible avec un problème nutritionnel lié à une maladie ou à une baisse des apports.
| Type de critère | Éléments recherchés par les professionnels |
|---|---|
| Critère phénotypique | Perte de poids involontaire, IMC inférieur au seuil adapté à l’âge, diminution de la masse ou de la fonction musculaire, évolution défavorable des courbes de croissance chez l’enfant. |
| Critère étiologique | Réduction durable des apports, maldigestion, malabsorption, pathologie aiguë, maladie chronique évolutive, cancer ou inflammation avec hypercatabolisme. |
Une diminution de la prise alimentaire d’au moins 50 % pendant plus d’une semaine est un signal important. Toute réduction des apports pendant plus de deux semaines mérite également une évaluation. Douleur, nausées, troubles de déglutition, problèmes bucco-dentaires, difficulté à cuisiner, solitude ou précarité peuvent réduire les repas de façon progressive.
Les enjeux sociaux font aussi partie de la prévention. Une rupture de ressources peut limiter l’accès à une alimentation suffisante ou retarder une consultation. L’article Perte d’emploi et loyer rappelle combien une difficulté financière peut fragiliser l’équilibre du quotidien et rendre utile l’orientation vers les dispositifs d’aide de proximité.
Critères de dénutrition chez l’adulte de 18 à moins de 70 ans
Chez l’adulte de moins de 70 ans, un critère phénotypique peut être une perte de poids d’au moins 5 % en un mois, d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie. Un IMC inférieur à 18,5 kg/m² est également un critère possible. Une réduction quantifiée de la masse musculaire ou de la fonction musculaire peut aussi être prise en compte par l’équipe soignante.
Ces signes doivent être associés à une cause : réduction des apports, absorption réduite par maldigestion ou malabsorption, ou situation d’agression liée à une pathologie aiguë, chronique évolutive ou maligne. Une perte de poids volontaire, encadrée et sans diminution des apports non choisie, n’a pas la même signification qu’une perte de poids subie. Le médecin recherche donc toujours le contexte, le rythme de la perte et ses conséquences.
Après le diagnostic, la sévérité est évaluée. Chez l’adulte, une perte de poids d’au moins 10 % en un mois ou 15 % en six mois, un IMC inférieur ou égal à 17 kg/m², ou une albuminémie inférieure ou égale à 30 g/L peuvent notamment orienter vers une dénutrition sévère. Cette appréciation clinique permet d’adapter la rapidité du bilan et de la prise en charge.
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Après 70 ans, un seuil d’alerte plus élevé
Chez la personne de 70 ans et plus, la HAS retient un IMC inférieur à 22 kg/m² comme critère phénotypique, car la réserve musculaire et les capacités de récupération sont souvent plus fragiles avec l’âge. Les autres critères incluent une perte de poids d’au moins 5 % en un mois, d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel avant la maladie.
La sarcopénie confirmée peut aussi contribuer au diagnostic. Elle associe une diminution de la force et de la masse musculaire, évaluées avec des outils appropriés. Le questionnaire MNA, pour Mini Nutritional Assessment, peut aider au dépistage, mais ne remplace pas l’évaluation clinique complète.
Une dénutrition est considérée comme sévère si un seul critère de sévérité est présent, par exemple un IMC inférieur à 20 kg/m², une perte de poids d’au moins 10 % en un mois ou 15 % en six mois, ou une albuminémie inférieure à 30 g/L. La mesure du poids est recommandée à chaque consultation et à l’hôpital, avec une surveillance régulière en établissement et à domicile selon la situation. Un dépistage au moins annuel est particulièrement utile après 70 ans, même en l’absence de plainte explicite.
Chez l’enfant, suivre la croissance plutôt qu’un seuil isolé
Le diagnostic de dénutrition chez l’enfant repose lui aussi sur l’association d’un critère phénotypique et d’un critère étiologique. Mais l’interprétation tient compte de l’âge, de la taille, du sexe et des courbes de croissance. Une cassure pondérale, un décalage de couloirs sur les courbes, une perte de poids ou un IMC insuffisant pour l’âge doivent être interprétés par un professionnel.
Les causes possibles comprennent une réduction des apports, des difficultés alimentaires, des vomissements répétés, une affection digestive avec malabsorption, une maladie chronique ou une situation inflammatoire. Chez l’enfant, le poids et la taille sont idéalement vérifiés à chaque consultation. Une réévaluation plus rapprochée peut être nécessaire lorsqu’un risque est identifié.
La sévérité dépend notamment de l’importance de la perte de poids et de la dégradation des courbes. Une perte supérieure à 10 % en un mois ou à 15 % en six mois constitue un signe de gravité. La lecture doit rester médicale, car une variation ponctuelle de mesure ou une poussée de croissance peut modifier l’interprétation.
L’alimentation des plus jeunes mérite une attention particulière tout au long de la vie familiale. Les pratiques présentées dans Alter nutrition peuvent nourrir une réflexion sur la qualité et la diversité des repas, sans se substituer aux conseils individualisés d’un médecin ou d’un diététicien lorsque la croissance inquiète.
Albuminémie, CRP et IMC : ce que les résultats peuvent réellement indiquer
L’albuminémie n’est pas un critère diagnostique de la dénutrition. Elle peut contribuer à l’évaluation de la sévérité une fois le diagnostic posé, mais elle est influencée par l’inflammation et d’autres situations cliniques. Une CRP, une NFS ou d’autres examens biologiques peuvent être prescrits pour rechercher une cause ou apprécier l’état général, selon le contexte.
L’IMC est utile, mais il ne résume pas l’état nutritionnel. Il ne renseigne ni précisément sur la masse musculaire ni sur la vitesse de perte de poids. Chez une personne vivant avec une obésité, l’IMC ne doit pas faire ignorer une baisse rapide de poids, une réduction des apports ou une sarcopénie. En cas d’impossibilité de pesée, le suivi clinique, les mesures anthropométriques comme le périmètre brachial et les informations des proches peuvent compléter l’évaluation.
Une fois que la cause initiale s’améliore, le diagnostic ne disparaît pas automatiquement si le critère phénotypique persiste. La reprise durable des apports, le poids, la masse et la fonction musculaire doivent être réévalués. Cette distinction protège contre l’idée qu’une guérison de la maladie suffit toujours à corriger la dénutrition.
Dépister tôt : les repères utiles pour les proches et les aidants
Les proches remarquent souvent les premiers changements : portions laissées dans l’assiette, vêtements devenus plus larges, courses moins fréquentes, fatigue à la préparation des repas ou difficultés à mâcher. Ces éléments doivent être rapportés au médecin, sans minimiser une baisse d’appétit qui dure. Noter le poids habituel, les dates, l’évolution des repas et les symptômes associés peut rendre la consultation plus utile.
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- Mesurer le poids avec des conditions comparables et noter toute variation involontaire.
- Repérer une diminution des repas, des boissons ou des collations sur plusieurs jours.
- Signaler les troubles de déglutition, douleurs buccales, diarrhées, nausées ou vomissements.
- Prévenir rapidement un professionnel en cas de baisse rapide de poids, de faiblesse marquée, de confusion ou d’incapacité à s’alimenter correctement.
La prévention ne consiste pas à imposer des régimes ou des compléments au hasard. Elle passe par des repas adaptés aux goûts, au budget, aux capacités de mastication et au rythme de la personne. Les repères proposés dans Nutrition et santé peuvent aider à aborder une alimentation équilibrée au quotidien, tandis que Génération Santé propose des pistes pour réfléchir à l’accès à la santé dans une démarche solidaire.
Prise en charge de la dénutrition : traiter la cause et renourrir progressivement
La prise en charge commence par la recherche de la cause. Elle peut nécessiter de traiter une douleur, une infection, une maladie digestive, un trouble de déglutition, un problème bucco-dentaire ou un effet indésirable médicamenteux. Le médecin peut coordonner l’intervention d’un diététicien, d’un orthophoniste, d’un dentiste, d’une infirmière ou d’un service social selon les besoins.
Sur le plan alimentaire, l’enrichissement des préparations et la multiplication de petites prises peuvent être proposés. Les compléments nutritionnels oraux, aussi appelés CNO, sont prescrits et choisis en fonction de la situation. Ils complètent les repas et ne doivent pas les remplacer sans avis professionnel. Une nutrition entérale peut être discutée dans certains cas, sous supervision médicale.
La renutrition doit être progressive chez les personnes très dénutries. Une augmentation trop rapide des apports peut exposer à un syndrome de renutrition inappropriée, qui nécessite une prévention et une surveillance médicale. Le suivi porte sur le poids, les apports, l’état clinique, la tolérance et les objectifs fonctionnels. La grossesse, notamment, demande un accompagnement spécifique : aucun conseil nutritionnel ou recours à une plante abortive ne doit être envisagé sans avis médical urgent et adapté.
Comment savoir si une perte de poids doit inquiéter ?
Une perte de poids involontaire, surtout si elle atteint 5 % en un mois ou s’accompagne d’une baisse des repas, mérite une consultation. Le professionnel comparera le poids actuel au poids habituel et recherchera une cause.
Un IMC élevé exclut-il la dénutrition ?
Non. Une personne en surpoids ou vivant avec une obésité peut être dénutrie si elle perd du poids involontairement, réduit fortement ses apports ou présente une baisse de masse musculaire.
À quelle fréquence surveiller le poids après 70 ans ?
La HAS recommande de mesurer le poids à chaque consultation ou hospitalisation. Une surveillance régulière, au moins annuelle en prévention et plus fréquente en cas de risque, aide à repérer une évolution précoce.
Peut-on donner des compléments nutritionnels sans prescription ?
Il est préférable d’en parler à un médecin ou à un diététicien. Le choix du produit, son horaire et la stratégie alimentaire doivent être adaptés à la cause, à l’état clinique et aux traitements de la personne.
Que faire si un enfant descend sur ses courbes de poids ?
Il faut prendre rendez-vous avec le médecin ou le pédiatre pour interpréter les courbes de croissance et rechercher une cause. Une seule mesure ne suffit pas toujours, mais une cassure durable nécessite une évaluation sans attendre.





