Dans cet article Dans cet article
- Qu’est-ce qu’une épicerie solidaire, concrètement ?
- Qui a droit à l’épicerie solidaire et comment s’y inscrire
- Dans les rayons : produits, prix et accompagnement
- Comment créer une épicerie solidaire : les étapes du projet
- Ouvrir une épicerie solidaire et la faire vivre dans la durée
- +Quelle différence entre une épicerie sociale et une épicerie solidaire ?
- +Peut-on s’inscrire dans une épicerie solidaire sans passer par une assistante sociale ?
- +Combien de temps a-t-on accès à une épicerie solidaire ?
- +Les étudiants peuvent-ils fréquenter une épicerie solidaire ?
- +Comment aider une épicerie solidaire près de chez soi ?
Une épicerie solidaire est un magasin d’alimentation, le plus souvent géré par une association, où des personnes en difficulté financière achètent leurs courses pour 10 à 30 % du prix pratiqué en grande surface. On y entre sur orientation d’un travailleur social, pour une période limitée, et l’argent économisé sert un projet précis : régler une dette, payer une formation, absorber un coup dur. La différence avec une distribution de colis est nette : chacun choisit ses produits et passe en caisse. Ce guide détaille le fonctionnement, les conditions d’accès, puis les étapes pour créer et ouvrir une épicerie solidaire dans votre commune.
- Principe : une boutique d’aide alimentaire où l’on paie une participation réduite, généralement 10 à 30 % du prix habituel.
- Public : foyers dont le reste à vivre est faible, sur orientation du CCAS, d’une assistante sociale, du CROUS ou d’une association partenaire.
- Durée : accès souvent accordé pour trois mois, renouvelable selon la situation.
- Création : une association loi 1901, un local, des partenaires sociaux, un approvisionnement régulier et, pour recevoir des denrées publiques, une habilitation à l’aide alimentaire.
Qu’est-ce qu’une épicerie solidaire, concrètement ?
Le modèle est né dans les années 1980 et 1990 pour sortir de la logique du colis distribué sans choix. L’idée de départ est simple : redonner à la personne aidée une place de client. Elle parcourt les rayons, compare, remplit son panier et règle un montant modeste. Ce geste ordinaire compte beaucoup pour la dignité, et il permet aussi de garder des repères de gestion du budget.
On parle indifféremment d’épiceries sociales ou d’épiceries solidaires, même si une nuance existe dans l’usage. L’épicerie sociale est souvent portée par une collectivité, typiquement un CCAS. L’épicerie solidaire relève plutôt d’une association et ouvre parfois ses portes à un public mixte, avec une tarification différenciée selon les revenus : les clients aisés paient le prix normal et financent ainsi une partie des remises accordées aux autres.
En France, la plupart de ces structures sont fédérées par le réseau national des épiceries solidaires, Andès, ou rattachées à de grandes associations : Secours populaire, Secours catholique, Croix-Rouge, Secours islamique, ou encore des structures locales comme le Secours Fraternel en Essonne. Toutes poursuivent le même objectif : agir contre la précarité alimentaire sans enfermer les personnes dans l’assistance.
| Forme d’aide alimentaire | Participation financière | Choix des produits | Accompagnement |
|---|---|---|---|
| Distribution de colis | Gratuite ou quasi gratuite | Limité, panier préparé | Ponctuel |
| Restaurant ou repas solidaire | Gratuit ou symbolique | Menu imposé | Variable |
| Épicerie solidaire | 10 à 30 % du prix habituel | Libre, dans un plafond mensuel | Suivi régulier autour d’un projet |

Qui a droit à l’épicerie solidaire et comment s’y inscrire
Il n’existe pas de barème national unique. Chaque épicerie fixe ses critères avec ses partenaires, mais la plupart raisonnent à partir du reste à vivre : on additionne les ressources du foyer, on retire les charges fixes (loyer, énergie, assurances, crédits), puis on divise le résultat par le nombre de personnes et par le nombre de jours du mois. Sous un certain seuil, qui varie d’une structure à l’autre, la demande peut être acceptée.
Les publics rencontrés sont très divers. On y croise des familles monoparentales, des retraités aux petites pensions, des salariés à temps partiel, des personnes en surendettement, des demandeurs d’emploi en fin de droits et, de plus en plus, des étudiants. Certaines villes et universités ont d’ailleurs ouvert des épiceries réservées aux étudiants, accessibles avec une simple carte étudiante et un justificatif de ressources.
La démarche suit en général ce parcours :
- Prendre rendez-vous avec un travailleur social : CCAS de la mairie, assistante sociale du département, de la CAF, de l’hôpital ou du CROUS.
- Constituer un dossier avec les justificatifs de ressources et de charges du foyer.
- Définir un projet, par exemple apurer un arriéré de loyer ou financer le permis de conduire.
- Passer devant une commission d’attribution, qui valide l’accès, la durée et le montant mensuel autorisé.
- Recevoir une carte ou un badge, puis faire ses courses aux horaires d’ouverture.
La durée d’accès est volontairement limitée, souvent à trois mois renouvelables, parfois six. Le but n’est pas d’exclure, mais de garder l’épicerie comme un tremplin. Si la situation ne s’améliore pas, le travailleur social peut demander un renouvellement ou orienter vers d’autres aides. Les critères étant propres à chaque structure, le plus fiable reste de se renseigner directement auprès du CCAS de sa commune.
Dans les rayons : produits, prix et accompagnement
Une épicerie solidaire bien tenue ressemble à une supérette de quartier. On y trouve de l’épicerie sèche, des conserves, des produits frais, des fruits et légumes, mais aussi des produits d’hygiène et d’entretien, souvent les plus attendus car absents des dons classiques. Le rayon crèmerie dépend beaucoup des dons de la grande distribution et des producteurs locaux ; pour les bénévoles qui veulent présenter les références de façon pédagogique, notre liste Frommage en A peut servir de point de départ à un petit atelier découverte.
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Chaque foyer dispose d’un plafond d’achat mensuel, calculé selon sa composition. Un exemple courant : un panier valant 100 euros en magasin classique revient à 20 euros environ. Cette économie est le cœur du dispositif, puisqu’elle libère du budget pour le projet défini avec le travailleur social.
Au-delà des courses, l’épicerie joue un rôle de lieu de vie. Beaucoup proposent des ateliers cuisine à petit budget, des séances sur la gestion des factures, des moments conviviaux autour d’un café. C’est souvent là que les personnes reprennent confiance, échangent des astuces et rompent l’isolement, un effet que les responsables associatifs citent comme aussi important que l’aide matérielle.
Comment créer une épicerie solidaire : les étapes du projet
Monter une épicerie demande en moyenne un à deux ans entre l’idée et l’inauguration. Le projet repose sur un collectif motivé, mais aussi sur une méthode. Voici les étapes que suivent la plupart des porteurs de projet.

Mesurer les besoins alimentaires du territoire
Avant tout, il faut vérifier qu’une épicerie répond à un manque réel. Rencontrez le CCAS, les assistantes sociales de secteur, les associations caritatives déjà présentes et la banque alimentaire départementale. Demandez combien de foyers sont orientés vers l’aide alimentaire, quels publics échappent aux dispositifs existants, et s’il existe déjà une structure à proximité. Ce diagnostic servira ensuite à convaincre les financeurs.
Choisir un statut et réunir une équipe de départ
La forme la plus répandue est l’association loi 1901, déclarée en préfecture. Elle permet de recevoir des subventions, des dons et de recruter un salarié si le budget le permet. Il est aussi possible de s’adosser à une association existante ou de proposer le projet à la commune, qui le portera via son CCAS. Dans tous les cas, prévoyez un noyau de bénévoles fiables pour tenir la caisse, réceptionner les livraisons et animer les ateliers.

Trouver un local adapté à l’accueil et au stockage
Un local de 80 à 150 m² suffit pour démarrer. Il doit offrir un espace de vente, une réserve, un coin d’accueil discret pour les entretiens et un accès facile aux personnes à mobilité réduite. Les mairies et les bailleurs sociaux mettent souvent à disposition des pieds d’immeuble à loyer modéré. Pensez aux normes d’hygiène : chambre froide ou réfrigérateurs professionnels, respect de la chaîne du froid, plan de nettoyage.
Sécuriser l’approvisionnement
Les rayons se remplissent grâce à plusieurs sources combinées : banque alimentaire, dons des supermarchés (obligés depuis 2016 de proposer leurs invendus consommables à des associations), achats à prix négociés, producteurs locaux et collectes auprès des habitants. Pour recevoir des denrées issues de fonds publics, l’association doit obtenir une habilitation à l’aide alimentaire délivrée par l’État, au niveau régional ou national via un réseau. Les cartons de dons arrivent souvent remplis de calages en polystyrène ; plutôt que de les jeter, les bénévoles peuvent consulter notre article Comment recycler les cacahuètes d’emballage pour les réutiliser lors des envois ou les orienter vers la bonne filière.
Bâtir un budget de lancement réaliste
Le budget varie fortement selon la taille du local et la présence d’un salarié. Le tableau ci-dessous donne des ordres de grandeur indicatifs pour une petite structure.
| Poste | Ordre de grandeur | Financeurs possibles |
|---|---|---|
| Aménagement et mobilier (étagères, caisse) | 5 000 à 15 000 euros | Commune, fondations d’entreprise |
| Froid (réfrigérateurs, congélateurs, chambre froide) | 3 000 à 20 000 euros | Département, région, mécénat |
| Loyer et charges annuels | Très variable, parfois mis à disposition | Mairie, bailleur social |
| Achats de denrées | Selon le nombre de foyers accueillis | Subventions, participation des bénéficiaires |
| Poste salarié de coordination | Optionnel au départ | Aides à l’emploi, CAF, fondations |
La participation payée par les bénéficiaires couvre rarement plus d’une petite part des achats. Le modèle économique repose donc sur un mélange de subventions publiques, de mécénat et de dons, qu’il faut solliciter plusieurs mois avant l’ouverture.
Ouvrir une épicerie solidaire et la faire vivre dans la durée
L’ouverture se prépare avec les partenaires sociaux : sans orientations régulières, une épicerie reste vide. Signez des conventions avec le CCAS, le département et les associations du secteur, puis fixez ensemble les critères d’accès et la composition de la commission d’attribution. Un logiciel de caisse adapté, souvent proposé par les réseaux, permet de suivre les plafonds de chaque foyer et de produire les bilans demandés par les financeurs.
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Rejoindre un réseau national d’épiceries apporte un vrai soutien : formations des bénévoles, accès à des achats groupés de fruits et légumes, outils de gestion et échanges entre structures. Pour une équipe qui débute, ce compagnonnage évite beaucoup d’erreurs.
Avec le temps, de nombreuses épiceries élargissent leur activité : vestiaire, prêt de matériel de puériculture, coin de dons d’objets. Ces nouveaux services attirent aussi des dépôts inutilisables, comme la literie usée ; savoir ou jeter les vieux oreillers et autres textiles abîmés évite d’encombrer la réserve. Enfin, mesurer régulièrement le nombre de foyers aidés, la durée moyenne des parcours et les projets aboutis permet de démontrer l’utilité sociale du lieu et de reconduire les financements.
Quelle différence entre une épicerie sociale et une épicerie solidaire ?
Les deux termes désignent le même principe d’aide alimentaire contre une participation réduite. L’épicerie sociale est plus souvent gérée par une collectivité comme un CCAS, tandis que l’épicerie solidaire est généralement associative et peut accueillir un public mixte avec des tarifs adaptés aux revenus.
Peut-on s’inscrire dans une épicerie solidaire sans passer par une assistante sociale ?
Dans la majorité des cas, non : l’orientation par un travailleur social fait partie du fonctionnement. Quelques épiceries associatives ou étudiantes acceptent une inscription directe sur présentation de justificatifs. Le CCAS de votre mairie peut vous indiquer les règles locales.
Combien de temps a-t-on accès à une épicerie solidaire ?
L’accès est le plus souvent accordé pour trois mois, parfois six, avec possibilité de renouvellement. La commission d’attribution réexamine la situation à chaque échéance en lien avec le travailleur social.
Les étudiants peuvent-ils fréquenter une épicerie solidaire ?
Oui. De nombreuses universités, CROUS et associations étudiantes gèrent des épiceries dédiées. L’accès se fait en général avec la carte étudiante et un justificatif de ressources, parfois après un entretien avec une assistante sociale du CROUS.
Comment aider une épicerie solidaire près de chez soi ?
Vous pouvez proposer du temps pour tenir la caisse ou trier les livraisons, participer aux collectes organisées devant les supermarchés, faire un don financier à l’association ou mettre en relation l’épicerie avec un producteur local disposant d’invendus.


